Jupira entre deux mondes : les limites du projet civilisateur et la construction de masculinités

Ione Ribeiro Valle

Résumé


Pour tisser les trames – ainsi que les drames – de la nouvelle « Jupira », Bernardo Guimarães a choisi la grammaire romanesque, avec une forte teneur indigène, qui a donné le ton à la littérature du XIXe siècle. Le romancier aborde, en s’appuyant sur la littérature, les obstacles qui entravent l’intégration entre les peuples, et il révèle les rencontres et les désaccords, les amours et les haines, les rêves et les frustrations, la résignation et la discorde, qui violent la douceur de prairies bucoliques. Les approches interprétatives concernant la différenciation ethnique dans la nouvelle, avec certainement des conséquences esthétiques, peuvent être perçues dans la manière de décrire les personnages. La virilité apparaît parmi les valeurs les plus explicites et les plus légitimes, définissant les contours des masculinités, circonscrivant les féminités. La rencontre entre cultures hétérogènes, la confrontation entre les multiples masculinités et les idées hérétiques ne pouvaient avoir d’autre issue que celle de la tragédie : tragédie vécue par les peuples de la forêt qui ont été victimes de l’auto-extermination après être entrés en rapport abec le monde blanc ; tragédie d’une collectivité qui croyait au projet de catéchisation ; tragédie d’un père qui voit sa fille bien-aimée perdue à plusieurs reprises dans les bois ; tragédie de la jeune « Jupira » divisée entre deux mondes, et qui a vu son insubordination aux rites civilisés punie de mort. Bernardo Guimarães nous aide, enfin, à réaliser que les voies de la libération et de l’insubordination peuvent être aussi complexes et impénétrables que les voies de la domination.


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