Un inventaire entre monstration et invisibilisation : Patrimonialisation et identité nationale dans El Ecuador en cien años de independencia, 1830-1930

Emmanuelle Sinardet

Résumé


L’imposant et luxueux ouvrage collectif El Ecuador en cien años de independencia, 1830-1930, publié en 1931, frappe par la volonté de quadriller, en texte et en images, le territoire national, afin d’établir le recensement détaillé des héritages censés définir la Nation Équateur après un siècle de vie indépendante. Les collaborateurs de cette superbe anthologie, tous des intellectuels établis, se livrent en réalité à la définition de ce qu’est — ou plus exactement de ce que doit être — le patrimoine culturel national, même si ce terme n’est jamais formulé comme tel. Ils entendent contribuer à la construction d’une identité nationale, sur la base du portrait d’un génie équatorien fixé et incarné dans ce l’on peut qualifier ici de « monument de papier ». Les relations entre patrimonialisation et équatorianité y reposent en effet sur un jeu habile et bien compris de sélection, monstration , invisibilisation et réélaboration d’éléments du passé et du présent, pour façonner un bien culturel commun qui est projeté dans un avenir idéalisé, conçu en termes performatifs : celui d’un Équateur du progrès, digne de figurer dans le concert des nations dites modernes. Ce faisant, la définition du patrimoine national à l’œuvre s’efforce de créer « ce lien identificatoire, émotionnel et intellectuel à la fois, constitutif de la conscience que l’on a de soi-même, qui fait inclure tant ceux-ci que ceux-là dans un « nous » élargi composé, d’une part, de contemporains avec lesquels on partage un nom, une langue, un territoire, un patrimoine, un ensemble de symboles, un passé, un avenir, et, d’autre part, des générations passées et futures », selon l'expression de Krzysztof POMIAN.

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