L'équatorianité, une identité territorialisée : l'exemple de « La ecuatorianidad » (1942) de Jacinto Jijón y Caamaño

Emmanuelle Sinardet

Résumé


La notion d’équatorianité illustre les relations complexes entre territoire et identité, dont les enjeux sont posés d’emblée par la définition que le Dictionnaire de la géographie et de l'espace des sociétés de Jacques Lévy et Michel Lussault propose pour « territoire » : s’il conçoit le territoire comme un simple « espace à métrique topographique », il le pense aussi comme un « agencement de ressources matérielles et symboliques capables de structurer les conditions pratiques de l'existence d'un individu ou d'un collectif social et d'informer en retour cet individu ou ce collectif sur sa propre identité ». En l’occurrence, la construction d’une identité nationale passe par l’élaboration d’une « communauté imaginée » selon les termes de Benedict Anderson : même si un individu ne peut connaître tous les membres de la communauté nationale, il est capable de se la représenter. Cette opération se construit en lien avec la spatialité, par la production et l’appropriation symbolique d’un « territoire imaginé » commun, dépassant le cadre local des patrias chicas, des particularismes, des régionalismes, si prégnants en Equateur : bien que l’individu ne puisse connaître le territoire national dans sa totalité, il le reconnaît comme un chez soi. Ce double processus d’élaboration d’une « communauté imaginée » et d’un « territoire imaginé », débouchant sur la création d’un imaginaire national, nous semble à l’œuvre dans la conférence de Jacinto Jijón y Caamaño (1890-1950) : La Ecuatorianidad, conferencia dictada en el Salón de Actos de la Universidad Central el 18 de Noviembre de 1942, en el ciclo de conferencias organizado por el Instituto Ecuatoriano de Estudios del Amazonas.
Jijón y Caamaño, historien et homme politique conservateur, y décrit une carte nationale qui relève, à notre sens, d’un processus élémentaire de représentation de soi. Le discours sur le territoire fonctionne ici comme une carte dessinant les contours territoriaux de la Nation pour mieux leur donner une corporalité symbolique. Il stabilise et naturalise l’idéal d’un Etat fort, d’une économie industrielle autosuffisante, de l’hispanité catholique, pour poser l’équatorianité comme une entité en soi, un substrat a priori né de la nature.

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