Les coups d'éclat du jésuite « argentin » Juan José Godoy (1728-1788) : De l'expulsion de la Société de Jésus à l'activisme d'un précurseur des indépendances hispano-américaines

Nicolas de Ribas

Résumé


En cette fin de XVIIIème siècle, grâce à la communauté jésuite, chaque aire géographique d’Amérique dispose d’un héraut du patriotisme naissant. Il s’agira alors, dans cet article analytique et comparatiste, avec l’œuvre d’autres activistes comme point d’ancrage, de mettre l’accent sur les faits d’armes du jésuite argentin Juan José Godoy. Ce disciple de Saint Ignace décrit un certain « désenchantement du monde » qui découle de l’expulsion de 1767 considérée comme un déchaînement de barbarie d’une signification exemplaire. Godoy recherche alors une espèce de reconnaissance universelle ; il fait de l’expulsion un modèle planétaire de l’injuste souffrance. Quand bien même il revendique une histoire et un humanisme particuliers teintés d’une profonde amertume, les manuscrits de Godoy ne l’empêchent pas de réaffirmer, ensuite, sa profession religieuse, et de lutter pour une autre Amérique. Ce qui n’était, qu’au départ, que la manifestation confuse d’un sentiment d’appartenance au sous-continent et de rejet de l’Espagne, apparaît rapidement comme une alternative militante et structurée. Godoy, qui voyage en Angleterre et aux Etats-Unis pour alimenter ses projets indépendantistes, forge une cohésion et une cohérence là où, auparavant, il n’y avait qu’un éparpillement émotionnel, un sentiment diffus d’injustice.

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